OC Sport organisateur de la La Solitaire du Figaro Paprec vient d’annoncer que l’épreuve se déroulerait sur des Classe Ocean Fifty à partir de 2028.
La Solitaire du Figaro est relativement récente, ce n’est ni le Tour de France, l’America’s Cup, ni Wimbledon ou les 24 heures du Mans. Ce n’est plus la Course de l’Aurore et elle a très souvent changé de nom. Le « support » a également évolué. Le grand public connaît le Vendée Globe ou la Route du Rhum. La Solitaire, elle, reste essentiellement une référence interne au monde de la course au large.
Elle est devenue ce que les historiens anglais Eric Hobsbawm et Terence Ranger appelait une « tradition inventée » : non pas une tradition fausse, mais une tradition qui se construit progressivement par le récit, les rituels et la répétition. La valeur de l’événement repose moins sur son ancienneté que sur la reconnaissance collective accumulée au fil des décennies. La liste des noms des vainqueurs (Desjoyeaux, Le Cléac’h, Gabart, Beyou, Dalin, Richomme, etc.) dit d’ailleurs tout son importance.
Le sujet du bateau sur lequel elle sera disputée à l’avenir est secondaire, il est à mon sens ailleurs. Dans nos sociétés qui vont si vite et dans laquelle les pilotes de Formule 1 ont 19 ans, la Solitaire est restée une école. La cour des grands, l’aventure que le grand public suit, c’est le Vendée Globe.
Le sport connaît actuellement deux formes de légitimité :
– La légitimité institutionnelle, construite par les fédérations, les règles, l’histoire, les palmarès ;
– La légitimité culturelle, construite par les médias, les marques, les récits et les imaginaires.
Le choix de l’Ocean Fifty n’est pas une rupture de récit. C’est un changement de décor. Or, l’histoire du sport est moins une série de nouvelles disciplines qu’une succession de nouveaux récits.
Pour preuve l’Hoka UTMB Mont Blanc , l’Hyrox ou la Red Bull X-Alps qui a dynamité les épreuves de parapente en 2003 et changé la manière d’appréhender la pratique. Auparavant les références étaient les championnats du monde FAI. La X-Alps a mis en scène une aventure. L’UTMB est une épreuve de course à pied, elle n’a pas remplacé l’athlétisme ou le marathon mais elle est arrivée avec une autre proposition. La montagne et l’ultra-endurance. L’Hyrox également n’a pas inventé le fitness, mais a redéfini ce qu’on pouvait faire avec en mixant avec du running.
Le débat autour de l’Ocean Fifty est un malentendu. On discute du bateau, alors que la vraie question est celle du récit. Ce qui fera la Solitaire de demain ne sera pas tant le support sur lequel navigueront les skippers que l’histoire que cette course donnera envie de suivre.
