Authenticité, héritage, économie circulaire et sentiers. Le VTT des espagnols de Zona Zero.

Ce n’est pas un film de vélo tout-terrain, c’est un récit de montagne. C’est aussi une histoire qui parle de culture locale, de nature, de manière de s’y confronter. On y écoute des locaux qui revendiquent un passé, et qui s’y adossent pour construire un avenir.

Nouveaux imaginaires

La pratique de la montagne est, dans l’absolu, assez récente, mais finalement, l’imaginaire sur lequel elle s’est construite demeure assez figé. Et ce, même si les pratiques ont considérablement évolué. L’alpinisme est toujours le fait d’une relative minorité de spécialistes qu’on admire tous. La moyenne montagne, plus accessible, s’est davantage démocratisée. La randonnée à pied est très populaire et très pratiquée, elle reste dominante dans les esprits et les faits. Le ski a, quant à lui, vampirisé les rêves d’ hiver en partie parce qu’une industrie s’est structurée autour d’une attente qu’elle a contribué a façonner. Sur ces schémas préexistants, s’est greffé, ce que l’on pourrait appeler un biais de lecture qui a en partie faussé de nouvelles projections, c’est notre sentiment : d’une part les institutions touristiques n’ont pas forcément développé une vision très avant-gardiste des pratiques sportives, s’adressant davantage aux flux des « vacanciers », d’autre part les institutions sportives n’ont pas vraiment cherché à voir hors du cadre de leur mission initiale. Mais il y a toujours des pionniers pour innover.

Le sport est pourtant sorti depuis longtemps du cadre compétitif pour se nourrir d’une autre expérience du mouvement. Une expérience en marge du sport « moderne » et en marge du tourisme classique. En montagne, une nouvelle catégorie de pratiquants a conjugué action et contemplation, a expérimenté la nature autrement.

Le VTT, par exemple, est à la montagne, ce que la glisse a été à l’océan. Il est le fruit d’une autre approche du milieu, le résultat d’une culture différente. Or, ces nouvelles pratiques sont longtemps restées marginales, réduites à une avant-garde jeune et radicale. Les marques de vélo et les médias spécialisés ont d’ailleurs une part de responsabilité. Ce film dit autre chose, c’est son intérêt. L’un des créateurs de Zona Zero qui intervient au début n’est pas né de la dernière pluie, ses cheveux sont gris, son expérience et sa vision ont de l’épaisseur. Il raconte comment le vélo tout-terrain est devenu une authentique pratique montagnarde (pedaling mountaineers), en parle de très belle manière. Il cite son enfance.

Transmettre

L’autre intervenant, Javier, trail builder et directeur de la Transnomad, évoque les époques passées, le transport du bois entre la France et l’Espagne, la guerre également. Le lien au lieu est fort, l’aspect culturel profondément ancré est indéniable. Le témoignage de Maïa sur la philosophie du sentier est évocateur lui aussi. D’où la certitude qu’on est au-delà de la simple pratique physique.

Cette notion de deuxième vie des sentiers est primordiale. Elle résonne finalement avec ce tourisme plus respectueux, moins mécanisé, moins axé sur les flux, que beaucoup appellent de leurs vœux en montagne. Elle permettrait pourtant à des lieux hors des grandes routes touristiques de vivre de leurs atouts, notamment une certaine idée de l’authenticité.

La culture du trail building

Cet état d’esprit dont le trail building, littéralement la construction de sentiers, fait partie, est à l’opposé de la vision de l’aménagement que mettent souvent en avant les offices du tourisme et les acteurs du secteur qui pensent souvent en termes de volume. À une époque où on reparle de sens, de retour à des ancrages régionaux, d’intégration de jeunes non diplômés, mais motivés et passionnés, soucieux pour certains de rester au pays, le métier de trail builder, de guides ou d’accompagnateurs pourraient être des solutions qui ressemblent à ce passé plus sobre que l’on cherche à réinventer. La ville de Moab, située aux États-Unis, s’est convertie au mountain bike après le déclin de son activité minière précédente. Elle est aujourd’hui mondialement connue. Il faudrait aussi citer le Canada, nous en parlions récemment dans l’analyse : « De l’usage de la forêt : évolution des pratiques vs évolution des mentalités. »

Que dit ce film pour résumer ? Que le vélo tout-terrain doit être considéré comme une authentique pratique de montagne, qu’il incarne un avenir, qu’il doit être compris et envisagé comme un nouveau scénario, pas uniquement orienté performance, pas seulement vue comme quelque chose de marginal réservé à de jeunes sportifs en recherche d’engagement, mais aussi par une frange de passionnés de nature, de culture montagnarde et qui voient dans le vtt une activité innovante, passionnante, dotée d’une réelle envergure. À l’heure où la pratique de vélo connait une embellie extraordinaire, l’opportunité est réelle.

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Thierry Seray